Question écrite 19/09/2014 à COLLIN René, Ministre de l’Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région

Depuis quelques années, il semble qu’on assiste à une évolution dans les pratiques culturales développées par nos agriculteurs. En effet, dans des régions autrefois dédicacées quasi exclusivement à la prairie permanente, on voit le développement de cultures de maïs, de pommes de terre ou de céréales.

Monsieur le Ministre dispose-t-il de chiffres permettant de corroborer cette impression ?
Dans ma région, cette évolution n’est pas sans conséquence sur l’habitat. Lors des orages estivaux, nous avons de plus en plus de coulées de boue et celles-ci touchent directement les habitations situées à proximité des champs nouvellement cultivés.

Certes, il convient de garantir la liberté culturale des agriculteurs néanmoins, nous nous devons également de protéger les habitations. Existe-t-il une ligne budgétaire permettant d’aider les communes à investir dans la protection du bâti ? Dans la mesure où les agriculteurs tirent un revenu de leur exploitation, ne devraient-ils pas participer au financement de ces infrastructures ?

Les digues écologiques testées à Lincent en 2011 ont-elles été efficaces ? Le cas échéant, pourrait-on en généraliser l’installation ?


 Réponse du Ministre

L’administration publie annuellement un rapport sur l’évolution de l’économie agricole et horticole de la Région wallonne qui contient les informations sur l’évolution des différentes spéculations. Il est disponible sur le portail internet de l’agriculture.
Les cultures de maïs et de pommes de terre que l’honorable membre évoque sont des cultures à risque du point de vue de l’érosion des sols en raison de l’écartement important entre les lignes et de leur faible taux de couverture du sol au printemps et en début d’été. Des travaux de recherches sont menés avec les agriculteurs pour mettre au point des pratiques engendrant moins de risques en matière d’érosion.

Entre 1998 et 2013, les surfaces implantées en pommes de terre et maïs ont augmenté et sont passées respectivement de 19.720 hectares à 33.890 hectares et de 54.670 hectares à 66.060 hectares. Les surfaces en prairie temporaire ont fortement baissé entre 2006 et 2010, avec principalement une conversion en prairies permanentes, ce qui est plutôt positif par rapport à la problématique des coulées boueuses.

Il n’est donc pas évident que les cultures de maïs et pommes de terre aient augmenté au détriment des prairies.

En même temps qu’un changement du type de culture, il faut souligner une tendance à l’agrandissement des parcelles agricoles, particulièrement en pommes de terre, entre autres sous la pression de l’industrie agroalimentaire qui recherche de grands blocs de cultures pour minimiser les coûts de production. Cela incite également les agriculteurs à se regrouper et à proposer ensemble un bloc de parcelles adjacentes qui sera implanté d’une seule culture. La suppression de toute « barrière » entre les parcelles et l’absence de cultures couvrant le sol peuvent être à l’origine de coulées boueuses importantes en cas de fortes pluies orageuses.

Le Code de l’Agriculture (art. D.263) prévoit que le Gouvernement puisse prendre des mesures pour obliger ou stimuler des pratiques agricoles de conservation des sols ou restreindre certaines pratiques à risque.

Concernant les communes, la Direction de l’aménagement foncier rural de la DGO3 (DAFoR) assiste et conseille les communes dans le cadre de l’arrêté du Gouvernement wallon du 18 janvier 2007 relatif à l’octroi de subventions aux pouvoirs publics subordonnés pour l’établissement de dispositifs destinés à la protection contre l’érosion des terres agricoles et à la lutte contre les inondations et coulées boueuses dues au ruissellement. Cette disposition est aujourd’hui incluse dans le Code wallon de l’Agriculture (art. D.262.).

Les communes peuvent ainsi bénéficier de subsides pour l’aménagement de dispositifs visant à limiter l’érosion des sols et à retenir les eaux dues au ruissellement.

Par ailleurs, les communes peuvent également faire appel à la cellule GISER (Gestion Intégrée Sol Erosion Ruissellement – www.giser.be), qui accompagne les communes en fournissant un diagnostic des problèmes de coulées boueuses, des recommandations et propositions d’aménagements et une aide à la concertation avec les agriculteurs concernés. La cellule GISER travaille à l’échelle des petits bassins versants ruraux sur l’ensemble du territoire de la commune demandeuse. Elle est financée par la Région, ses services sont donc gratuits pour les communes.

Les services de la DAFoR et la cellule GISER travaillent en collaboration étroite dans une optique de conservation des sols et de protection des habitants et des infrastructures publiques et privées.

Dans les périmètres d’aménagement foncier en cours, une attention particulière est accordée à la limitation des risques de ruissellement et d’érosion des parcelles agricoles. En cas de problèmes avérés de coulées boueuses dans le périmètre de l’aménagement foncier, des travaux d’aménagements sont réalisés, tels que bandes enherbées, talus ou banquettes, fascines, haies, création de fossés continus ou discontinus, création de tranchées ou puits drainants; etc.

Suite à des fortes pluies à Lincent en 2011, la DAFoR a réagi rapidement par la mise en place d’un dispositif de filtre à boues le long de parcelles agricoles. Ce dispositif pilote constitué de clôtures et de pailles est assez rapidement installé aux endroits stratégiques.

Les premiers filtres testés ont été placés dans l’urgence et ont montré l’efficacité du dispositif en réduisant fortement la charge en boues des eaux de ruissellement d’origine agricole en plusieurs endroits stratégiques. D’autres filtres ont été placés ensuite dans de nombreux autres endroits de la commune, toujours avec la même efficacité immédiate et une durabilité de plusieurs années.

Le coût d’implantation est peu élevé, de l’ordre de 20 euros au mètre courant (7 euros de matériel et 13 euros de main d’œuvre). Comme tout autre dispositif (fascine de branches, fossé, bassin d’orage, …), il nécessite un contrôle annuel de leur état de fonctionnement et, tous les deux ans, un entretien peu coûteux qui consiste au remplacement de la paille. La durée de vie des piquets est supérieure à huit ans et celle du grillage supérieure à vingt ans.

Ces filtres ont un intérêt indéniable pour autant qu’ils soient correctement implantés aux endroits bien choisis, ce qui nécessite une bonne connaissance du terrain.

Toutefois, ils ne peuvent résoudre à eux seuls tous les problèmes de coulées boueuses dont l’origine et le mécanisme dépendent de conditions multiples.
Pour des volumes ruisselés importants, les filtres doivent-être placés en amont de zones d’immersion temporaire, de fossés de rétention ou de bassins d’orage classiques (ouvrage technique demandant une expertise et plus couteux).

Ils doivent faire partie d’un ensemble de mesures et d’aménagements spécifiques à chaque bassin versant afin de diminuer les risques d’érosion et de ruissellement nécessitant des études au cas par cas, avec l’appui possible de la cellule GISER.

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